SVOD : Pourquoi ça ne marchera jamais vraiment.

SVOD : Pourquoi ça ne marchera jamais vraiment.

J’ai lu quelques articles sur les statistiques de la SVOD (la vidéo à la demande par abonnement, type Netflix, CanalPlay, Zive, etc.), et il en ressort quelque chose d’assez éloquent…

En effet, en France, la progression de la SVOD est plus lente que dans les autres pays, et le nombre de désabonnements y est plus élevé.

Et je fais malheureusement partie des désabonnements. En grand fan de Disney, j’ai eu la désagréable surprise de voir le catalogue de Mickey disparaître du jour au lendemain, et ce malgré des films ajoutés il y a à peine une semaine ! La raison ? Les droits qui n’ont pas été renouvelés…

Et là on touche un gros problème de la SVOD : les droits de diffusion, et par extension, les exclusivités.
L’offre légale musicale a déjà ce problème, certains artistes ont offert leur exclusivité à Tidal, d’autres à Spotify, etc. Malgré un catalogue très fourni sur chaque service, il arrive parfois qu’on ne trouve pas ce qu’on cherche à cause d’histoires de droits et d’exclusivités.

Ici on a le même souci, et le pire c’est que Netflix ne renégocie pas les droits avant leur expiration, ils attendent que les droits expirent, que les films et séries soient retirés et ne se bougent que parce que les utilisateurs constatent les dégâts. Et encore, ça c’est s’ils bougent !
Personnellement j’appelle ça de l’incompétence totale !

À quoi sert-il d’annoncer en grande pompe l’année dernière que Disney avait signé une exclusivité avec Netflix (tiens tiens… une exclu !), si c’est pour que moins d’un an après les films disparaissent pour des problèmes de droits ?

Mais l’autre problème majeur et spécifique à notre « beau » pays (qui fait franchement la gueule en ce moment), c’est la chronologie des médias.
En gros, un film soit d’abord sortir en DVD, puis en TV payante (Canal + ou CanalSat), puis en TV clair, puis un autre délai pour que d’autres TV payantes puissent diffuser le film, et seulement après la SVOD est servie ! Cela fait 36 mois de délai, soit 3 ans, avant de voir un film sortir sur une plate-forme de SVOD, et ça n’inclut pas les négociations des droits de diffusion.

Du coup un handicap de Netflix ici, c’est qu’il ne proposera jamais de films récents. Quant aux séries tout dépend du bon vouloir des majors et des chaînes qui ont déjà signé pour leur diffusion. Du coup même souci, on aura toujours un train de retard sur pas mal de séries parce qu’elles doivent d’abord être diffusées sur nos chaînes TV habituelles avant de pouvoir être disponibles sur Netflix. Et pour les séries plus anciennes, ça dépend de l’ayant-droit, et déjà le constat est amer : il semblerait par exemple que le catalogue édité par la Fox en France ne soit pas disponible, et cela inclut des séries à succès telles que le diptyque Buffy/Angel ou la franchise Stargate, qui sont totalement absents du catalogue. Et si on y regarde de plus près, il y a peu voir pas de films Fox dans le catalogue (mais bon ça ne m’étonne pas, la Fox est pingre et préfère éditer tout seul et ramasser son fric tout seul, quitte à faire des éditions médiocres comme les DVD de Stargate SG-1 qui parfois n’ont pas de VO ou qui ont des épisodes dans le désordre, ou encore le remaster HD de Buffy qui est catastrophique… Je pourrais faire une dissertation sur ma haine de la Fox…)

Sauf que si Deezer et Spotify ont réussi à endiguer assez efficacement le téléchargement illégal en musique (sans l’éradiquer, bien sûr), on est loin du même constat pour les productions vidéo…
Et là si on met en avant nos trois problèmes, on comprend vite pourquoi.

En téléchargeant illégalement :
– On a les films dès leur sortie en blu-ray, voire un peu plus tôt, et tout ça en HD et multilingue.
– On a les séries dès leurs diffusion américaine, en HD et VO sous-titrée, et dès leur diffusion en langue français (généralement en Belgique), avant la télévision française
– On peut voir et revoir les films autant de fois qu’il nous plaît, sans limitation de temps
– On peut voir les films de toutes les boîtes de production, quel que soit l’éditeur, et sans exclusivité
– BONUS : on a pas les messages anti-piratage et les publicités avant le film.
– MALUS : on a pas les bonus (enfin ça dépend, pour certains gros films, ils sont aussi disponibles)

En utilisant l’offre légale :
– On doit acheter des éditions blu-ray de qualité très inégale (parfois aucun bonus et payé le prix fort), où on nous bassine avec des messages anti-piratage et parfois de la pub.
– Si on ne veut pas payer, on doit attendre la diffusion à la TV française, pas toujours en multilingue (heureusement depuis le passage de la TNT au full HD on a le droit à la HD !)
– Pendant la diffusion des films, on a des coupures pub, ou de la censure
– Les séries ne sont pas toujours dispo en multilingue, sont parfois censurées, ou diffusées dans le désordre, ou à un rythme indigeste (3 ou 4 épisodes en une soirée)
– On ne peut les avoir sur un service de SVOD qu’au bout de 3 ans, et les films ne sont même pas disponibles définitivement, ainsi que les séries.
– Tout n’est pas forcément visible à cause de certains films jamais diffusés (pas assez d’audience) ou parce que l’éditeur ne cède pas les droits aux plate-formes SVOD…

Bref, clairement les avantage vont au téléchargement illégal, et même si comme son nom l’indique, c’est hors-la-loi, on ne va jamais pouvoir remplacer un système plus avantageux et présentant peu de risque (la Hadopi est totalement inefficace) avec des restrictions aussi élevées.
Il est indispensable de revoir la législation sur la diffusion d’oeuvres culturelles en France, et donner plus de souplesse.
Aux USA la télévision continue de fonctionner sans problèmes alors que la SVOD a les films et séries directement à leur sortie, pourquoi devrait-il en être autrement en France ?

Parfois j’ai un peu l’impression que la télé française s’endort sur ses lauriers, et qu’au lieu de proposer des programmes de qualité qui attirent les téléspectateurs, ils préfèrent avoir la priorité sur la diffusion de films (souvent toujours les mêmes d’ailleurs) et faire des émissions qui ne coûtent pas cher pour ramasser le fric de la pub le plus facilement possible.

En gros on est à la bourre, les médias traditionnels sont incapables de s’adapter aux nouveaux usages (sauf la radio qui s’en sort très bien), et c’est le consommateur qui en pâtit, et qui finalement trouve lui-même des solutions, même si ça signifie pour cela de sortir de la légalité.

Voilà pourquoi la SVOD restera en retrait en France, parce que la loi et les éditeurs ne s’adaptent pas aux usages et aux besoins.

NB : Je passe volontairement sur le pourcentage de productions françaises obligatoire, c’est un peu une mesure de chauvinisme, mais ça a le mérite de protéger le patrimoine culturel et de faire en sorte que l’industrie cinématographique française continue à avoir du boulot et à produire des oeuvres, ce n’est pas si mal et ça reste une contrainte relativement minime qui n’a pas réellement d’impact sur l’adoption des services de SVOD.